Calme, tranquille et sans effort apparent, il marche, dessus la lande, Dans le petit matin frais. Ses souliers sentent la bruyère et il entend Les oiseaux et il parle aux vents qui se hasardent. La lande est alors Un piège ouvert ; tout au bout de l’allée, il y aura l’étang. Le soleil est Rouge-orange ; dépassent trois joncs verts. La vie va commencer …
Il s’est installé dans la maison du bas, celle avec la cheminée, deux fauteuils devant, la grande table derrière. Il a posé ses affaires sur la table et il est sorti chercher du bois. Il a trouvé du café, deux bières au frigo. Il a lancé la cafetière et il est allé s’asseoir devant l’âtre, emportant les deux bières. Un moment, il a lu un journal qui traînait là. Il a repris ses affaires; il a éteint la lumière; puis, il est reparti; c’était plus de minuit.
Des chants nous reviennent des semailles; un papillon franchit L’entrée. Va falloir qu’on y aille, sans trop traîner. Le vent jette un fétu de paille sans intérêt …
On a arpenté les voies, pour trouver la gamine. Elle jouait, près Du ruisseau. Elle a souri, quand on l’a retrouvée. Le vent jette un fétu de paille sans intérêt …
Elle voit la pente, au dessous d’elle, se glisser vers le bas. Ses Bâtons sous l’aisselle, elle file encore tout droit. Le vent jette un fétu de paille sans intérêt …
Elle est partie, pour les urgences, vers les Terres Effondrées. Mais, de toute évidence, elle ne va pas rentrer. Le vent jette un fétu de paille sans intérêt …
Les temps prennent l’odeur du son; c’est en cours de semaine, Les moissons. Va pas falloir tarder à tout rentrer. Le vent jette un fétu de paille sans intérêt …
Marcher sur la lande, dans l’odeur brisée du soir La bruyère frissonne, brossée par un vent léger Un rapace plonge et crie, effrayant un renard Une chauve-souris se met à papillonner
Marcher, puis se rendre et écouter le hasard Dans les bois bordants, on entend un pas pressé Écouter, sans bruit, le chant de l’oiseau du soir Et l’odeur des genêts qu’on devra traverser
Marcher et comprendre ce que l’on est venu voir Une lune en argent commence à s’inquiéter Deux grands yeux qui attendent vont briller dans le soir Pour ne pas se blesser, rentrer en pointillés
J’allais quelquefois là-bas, pêcher dans l’étang. J’y allais assez tôt, afin d’y retrouver la brume.
Il aurait rencontré les châtelains et ils ont bien sympathisé. Ils ont beaucoup parlé du parc. Il avait un travail, puis aussi Une aimée ; un peu, il peignait. Ils l’ont logé au pavillon bleu, Contre sa présence et un peu d’entretien. Le parc, c’est ce Qui l’intéressait ; il y Passait son Temps. Il a peint un étang, Sous une brume légère. Il a dit que, vraiment, On pouvait le Faire. Il a dit qu’il peut le faire; eux, ils ont allongé les francs.
L’étang est favorable, Autant qu’il est secret. Une faune considérable Profite de ses attraits.
L’étang est agréable, A voir sous ses reflets. La brume se fait variable, Sous le soleil discret.
Lui, il est parti. Eux, quand ils ont vieilli, ils sont Revenus habiter là, devant l’étang brumeux …
Le vent était tout autour. Le soleil penchait bas; Il allait bientôt céder. Une corneille attendait ça. Si tout autant que j’avançais, je me diluais; Mon ombre pâle s’accrochait à mon pas.
Le vent ratissait les légendes sur la lande et dans les genêts. Au milieu, Un petit bout de récif tout vieux; une mousse verte s’y tient accrochée.
Le vent s’apaisait; les labours étaient fumants. On entendait l’effraie depuis un certain temps. Si tout autant que j’avançais, je me diluais Et mon ombre pâle s’accordait avec moi.
Il a un nid d’aigle, au dessus de la rivière. Il n’y vient presque pas; il y était hier. Quand il s’ennuie, des fois, il regarde tout en bas.
Et l’oiseau sur sa branche, qui s’étire dans son nid, A ses ailes qui penchent pour couvrir son petit. Tout là-haut est un cri qui transperce les nuages. Un rapace vit ici; il est dans les parages.
Et c’est la chauve-souris qui s’effile dans la nuit. A la même heure aussi, les oiseaux sont partis. Les cavaliers de nuit viennent tendre l’orage. Il se peut que la pluie lui apprenne davantage.
Il a un nid d’aigle, au dessus de la rivière. Et personne ne vient là; c’est bien trop solitaire. Quand il s’ennuie, des fois, mais il ne s’ennuie pas.