
Un cabioton de bateau me protège du vent
Et je vis à demeure sur le grand terrain vague
Tant qu’à faire une corneille se pose sur un poteau

To Pierre-Pierro, Correspondances
Un sourire, un poème!

Le vent colporte à mon adresse
Des pas des pas qui viennent vers moi
C’est un bref moment de clarté
Une tendresse brève inachevée
Un oiseau a repris ma plume
Et la remet dans son costume
Un oiseau, un oiseau s’enrhume
L’oiseau se pose sur le bitume
Le vent me dit qui m’intéresse
C’est toi car aujourd’hui c’est toi
C’est un instant de vérité
Que sans cesse rêve l’oiseau d’été

Comme l’enfant qui refuse de sourire
Comme l’oiseau qui voudra repartir
Comme le vent quand il nous fait courir
Comme le dos qui commence à souffrir
Comme la joie et la peur de s’enfuir
Comme le froid qui viendra nous saisir
Comme la proie quand elle est en délire
Comme la foi et le droit de partir
Comme le temps qui nous aide à construire
Comme le flot de larmes et de soupirs
Comme les gens quand ils s’entendent rire
Comme le beau qui sait tout conquérir
Comme le mot qui va disconvenir
Comme le veau qui demande à mourir
Comme le chaud d’un canapé en cuir
Comme le pot qui va nous réunir
Comme l’enfant qui viendra nous sourire
Comme l’oiseau qui voudra revenir
Comme le vent quand il tisse un empire
Comme le dos qui va encore servir
Comme l’instant qui viendra nous quérir

Calme, tranquille et sans effort apparent, il marche, dessus la lande,
Dans le petit matin frais. Ses souliers sentent la bruyère et il entend
Les oiseaux et il parle aux vents qui se hasardent. La lande est alors
Un piège ouvert ; tout au bout de l’allée, il y aura l’étang. Le soleil est
Rouge-orange ; dépassent trois joncs verts. La vie va commencer …

Marcher sur la lande, dans l’odeur brisée du soir
La bruyère frissonne, brossée par un vent léger
Un rapace plonge et crie, effrayant un renard
Une chauve-souris se met à papillonner
Marcher, puis se rendre et écouter le hasard
Dans les bois bordants, on entend un pas pressé
Écouter, sans bruit, le chant de l’oiseau du soir
Et l’odeur des genêts qu’on devra traverser
Marcher et comprendre ce que l’on est venu voir
Une lune en argent commence à s’inquiéter
Deux grands yeux qui attendent vont briller dans le soir
Pour ne pas se blesser, rentrer en pointillés

Le vent était tout autour. Le soleil penchait bas;
Il allait bientôt céder. Une corneille attendait ça.
Si tout autant que j’avançais, je me diluais;
Mon ombre pâle s’accrochait à mon pas.
Le vent ratissait les légendes sur la lande et dans les genêts. Au milieu,
Un petit bout de récif tout vieux; une mousse verte s’y tient accrochée.
Le vent s’apaisait; les labours étaient fumants.
On entendait l’effraie depuis un certain temps.
Si tout autant que j’avançais, je me diluais
Et mon ombre pâle s’accordait avec moi.

Un oiseau morne crie
Et prolonge son habit
Un papillon de nuit
Il pleut sur l’herbe tendre
J’entends râler la pie
S’éloigne un milan gris
Le chat qui a compris
S’endort sans plus attendre
Dimanche après-midi
La pluie aura repris
Et sa musique aussi
L’eau s’écoule en méandres
Un escargot poli
Glisse sur un fil de pluie
Le papillon s’enfuit
Le ciel semble se fendre
Je vois un rideau gris
Qui ratisse le pays
La mouche qui atterrit
Ne sait plus me surprendre