
Une route solitaire
Que d’apprendre à se taire.
Une voie dégagée
Que d’apprendre à parler.
Mais il y a plus probant :
Faire les deux en même temps!

Un sourire, un poème!

Tu vas me raconter
Pire encore des bêtises
Tes lunettes sur ton nez
Te semblent une expertise
La brume est un écueil
Pour celui don de l’œil
Se regarde assez tôt
La sardine et le deuil
Le vol d’un écureuil
Comment trouver les mots
Je sors de mon cercueil
Et je vais sur le seuil
Accueillir un marmot
Il me balance un œil
Que je prend en plein œil
Il ressemble à Margot
Je le vois que d’un œil
Quand il franchit le seuil
Il est un matelot
Tu vas me raconter
Quand j’ai les deux mains prises
Un cours accéléré
Tes lunettes sont comprises
Tu vas me raconter
Ce que j’ai peine à suivre
Tes lunettes sont posées
En le cœur de mon livre
Je m’en vais boire de l’eau
Avec de ton sirop
Et peut-être un gâteau
Tu t’endors sur ton livre
Je vais jouer dans l’eau
Et faire mon numéro
Je serai un bateau
T’auras du mal à suivre
Je tiendrai un drapeau
Je serai caporot
Je sortirai de l’eau
Tu me verras survivre
Tu vas me raconter
Et là je pourrai suivre
Tes lunettes oubliées
Une histoire pour mon livre
Il a toujours un œil
Là où court le chevreuil
Autant pour le frigo
On dirait un pruneau
Quand elle tire son mégot
Et elle me met capot
Et je ne peux pas suivre
Il ne dort que d’un œil
S’envole avec les feuilles
Et revient pour tantôt
On dirait que ses mots
Sortent de son plumeau
Elle boit son apéro
Continue de poursuivre
Tu vas me raconter
Que t’étais obligé
De bouffer mes cerises
Tu vas me raconter
Que t’as jamais pété
En sortant de l’église

Je le sais parce que c’est lui
Il est dans les buissons
Il observe par ici
Et il écoute les sons
Il reviendra dans la nuit
Contournant la maison
Et il viendra par ici
Devant le paillasson
Il se penche il étudie
La chaleur du salon
Et puis notre absence aussi
Il fait bien attention
Je le sais puisque c’est lui
Et à son intention
J’ai écrit : Si tu me lis
Entre dans la maison

Un bébé acharné
Tire sur un pot de lait
Encore il est tombé
Il se gratte le mollet
Le bébé du passé
A du sang de navet
Il se met à pleurer
Dedans son bol de lait
C’est son premier été
Un peu comme il voulait
Il lèche comme un bébé
Une glace au sorbet
C’est sa dernière année
Bébé a ses brevets
Sans vraiment travailler
Et sans trop de regrets
Il tient fort un bébé
Sur son cœur à jamais
Il retourne travailler
Il bosse pour des anglais
Il pleure comme un bébé
Assis sur ses mollets
Son garçon peut entrer
Dans l’école qu’il voulait
Le bébé a changé
C’est celui du cadet
Et même qu’en vérité
On dirait pas un vrai
Il dort comme un bébé
Dit sa femme en anglais
Pour pas le déranger
Car il a des projets
Il est un peu ridé
Et son dos est défait
On lui tend le bébé
D’un gamin qu’il connaît

Par l’odeur de la terre
Et la fraîcheur du vent
Par l’onde nécessaire
Qui se meut vers l’étang
Par le sang de la guerre
Par la peur des enfants
Et la grande misère
Qui attend les parents
Par le blé qui prospère
Par la couleur des champs
Et la grande colère
Qui fracture les instants
Par le rire d’un grand-père
Et la joie des enfants
Par le chant de naguère
Qui sort du feu changeant

À cette époque, on essuyait une tempête. J’étais le Capitaine et, mes matelots, c’était pas des brillants cerveaux, à part peut-être le Second. Il se colle derrière moi, « Mon Capitaine, libre à vous de secouer ces glaviots! » Je lâche la barre; il s’en empare. On s’en est bien tirés et de la tempête et des idiots. L’autre fois, c’était tantôt, que je sors du tableau, sans raisons précises. « Je sais pas quand ça va; mais, je sais quand ça va pas et je regarde toujours l’heure des églises. » Ce sont les mots du Second, aujourd’hui Capitaine.

Comme l’enfant qui refuse de sourire
Comme l’oiseau qui voudra repartir
Comme le vent quand il nous fait courir
Comme le dos qui commence à souffrir
Comme la joie et la peur de s’enfuir
Comme le froid qui viendra nous saisir
Comme la proie quand elle est en délire
Comme la foi et le droit de partir
Comme le temps qui nous aide à construire
Comme le flot de larmes et de soupirs
Comme les gens quand ils s’entendent rire
Comme le beau qui sait tout conquérir
Comme le mot qui va disconvenir
Comme le veau qui demande à mourir
Comme le chaud d’un canapé en cuir
Comme le pot qui va nous réunir
Comme l’enfant qui viendra nous sourire
Comme l’oiseau qui voudra revenir
Comme le vent quand il tisse un empire
Comme le dos qui va encore servir
Comme l’instant qui viendra nous quérir