
Une route solitaire
Que d’apprendre à se taire.
Une voie dégagée
Que d’apprendre à parler.
Mais il y a plus probant :
Faire les deux en même temps!

Un sourire, un poème!

Un bébé acharné
Tire sur un pot de lait
Encore il est tombé
Il se gratte le mollet
Le bébé du passé
A du sang de navet
Il se met à pleurer
Dedans son bol de lait
C’est son premier été
Un peu comme il voulait
Il lèche comme un bébé
Une glace au sorbet
C’est sa dernière année
Bébé a ses brevets
Sans vraiment travailler
Et sans trop de regrets
Il tient fort un bébé
Sur son cœur à jamais
Il retourne travailler
Il bosse pour des anglais
Il pleure comme un bébé
Assis sur ses mollets
Son garçon peut entrer
Dans l’école qu’il voulait
Le bébé a changé
C’est celui du cadet
Et même qu’en vérité
On dirait pas un vrai
Il dort comme un bébé
Dit sa femme en anglais
Pour pas le déranger
Car il a des projets
Il est un peu ridé
Et son dos est défait
On lui tend le bébé
D’un gamin qu’il connaît

Par l’odeur de la terre
Et la fraîcheur du vent
Par l’onde nécessaire
Qui se meut vers l’étang
Par le sang de la guerre
Par la peur des enfants
Et la grande misère
Qui attend les parents
Par le blé qui prospère
Par la couleur des champs
Et la grande colère
Qui fracture les instants
Par le rire d’un grand-père
Et la joie des enfants
Par le chant de naguère
Qui sort du feu changeant

À cette époque, on essuyait une tempête. J’étais le Capitaine et, mes matelots, c’était pas des brillants cerveaux, à part peut-être le Second. Il se colle derrière moi, « Mon Capitaine, libre à vous de secouer ces glaviots! » Je lâche la barre; il s’en empare. On s’en est bien tirés et de la tempête et des idiots. L’autre fois, c’était tantôt, que je sors du tableau, sans raisons précises. « Je sais pas quand ça va; mais, je sais quand ça va pas et je regarde toujours l’heure des églises. » Ce sont les mots du Second, aujourd’hui Capitaine.

Comme l’enfant qui refuse de sourire
Comme l’oiseau qui voudra repartir
Comme le vent quand il nous fait courir
Comme le dos qui commence à souffrir
Comme la joie et la peur de s’enfuir
Comme le froid qui viendra nous saisir
Comme la proie quand elle est en délire
Comme la foi et le droit de partir
Comme le temps qui nous aide à construire
Comme le flot de larmes et de soupirs
Comme les gens quand ils s’entendent rire
Comme le beau qui sait tout conquérir
Comme le mot qui va disconvenir
Comme le veau qui demande à mourir
Comme le chaud d’un canapé en cuir
Comme le pot qui va nous réunir
Comme l’enfant qui viendra nous sourire
Comme l’oiseau qui voudra revenir
Comme le vent quand il tisse un empire
Comme le dos qui va encore servir
Comme l’instant qui viendra nous quérir

La pluie tombe sur l’auvent
Dimanche après-midi
J’ai le cul sur le banc
Le thé dans les sourcils
La pluie tombe sur l’auvent
Dimanche après-midi
J’ai le cœur d’un enfant
Qui sourit à l’ennui
La pluie tombe sur l’auvent
Dimanche après-midi
Le chat dort sur le banc
Il est venu aussi
La pluie tombe sur l’auvent
Dimanche après-midi
Je rêvasse un moment
En écoutant les bruits
La pluie tombe sur l’auvent
Dimanche après-midi

« Je voudrais que tu vives sous la pluie de bisous que nous donne
Le ciel. Regarde et n’aie pas peur, maman ; la lune serait ta sœur. »
Où est-il, cet enfant? Qu’est-il devenu? Il vit à Chamonix.
Il élève deux enfants. Le dernier a fini deuxième. Parfois,
La grande lui demande de faire un canard, dans son café.
Petit, il faisait exactement pareil ; sa mère répondait pas!