
Une route solitaire
Que d’apprendre à se taire.
Une voie dégagée
Que d’apprendre à parler.
Mais il y a plus probant :
Faire les deux en même temps!

Un sourire, un poème!

Au loin flotte une vieille dame toute enchevelée
Puis je vois le gamin passer le portillon
Il n’a pas vu la vieille; son gilet est terni
Je l’attends sur le parvis; la vieille s’est figée
C’est à l’Oeuvre de dire son âme; elle est commencée
Et le pas du gamin touche la frondaison
Quelques fois, cette année, il vient s’asseoir ici
Au loin flotte une vieille dame toute enchevelée
C’est à l’Oeuvre de dire son âme; elle est convoquée
Puis je vois le gamin se caler dans le fond
Quelquefois réprouvé, il égare ses soucis
Au loin flotte une vieille dame toute enchevelée
Au loin flotte une vieille dame toute enchevelée
Je vois le gamin repasser le portillon
On se fait société, assis sur le parvis
Car j’en suis un aussi; la vieille n’a pas bougé

Le printemps s’est zébré
De différentes chimères
Des démons sont tombés
En été sur la terre
Une étrange destinée
Mêle le sang à la terre
Alors qu’en vérité
Sont là les chiens de guerre
L’automne a vu tomber
Le grand chemin de fer
Courent les chevaux glacés
D’un trop fringant hiver
Une étrange vérité
S’est répandue sur terre
Les vents vont apporter
La colère des enfers

Le soleil vient jeter
Un rayon outrancier
Le bourdon d’une abeille
Tire le champ du sommeil
Un frisson moutonnier
Ratisse le champ de blé
Et la vague se ramène
Inhérente au pollen
L’aube inhérente et belle
Accouche là d’une journée
Qu’elle offre à mes semelles
Je m’envoie balader
L’appel de la gamelle
Le ruisseau s’est caché
Se pose une demoiselle
Au bout de mon soulier
Il se ramène en slip
Pour qu’on tartouille son dos
Ça va pas assez vite
Il regarde le tuyau
Le soleil au zénith
Et l’horizon le quitte
Dans un coin ombragé
Se pend une araignée
Là c’est une femelle
Ses petits avec elle
Celui de l’an dernier
Et son lait est compté
Je défroisse mes semelles
Je vais encore marcher
Une journée aussi belle
Se vit en pointillés
Il s’égare assez vite
Portant le grand bateau
Prend son masque et deux briques
Objectif Commando
Il est parti trop vite
Il revient pour de l’eau
Et d’abord il m’implique
Je lui porte son bateau
La biche est à l’orée
Là-haut un épervier
La chaleur des labours
Et de gros nuages lourds
Un silence avéré
La chouette vient s’en mêler
La chauve-souris s’enfuit
De là nous vient la nuit
Il est toujours en slip
Mon tee-shirt lui plaît trop
Dans son œil qui lévite
Demain il fera beau
Demain l’aube nouvelle
J’aurai vécu assez
Je fais pas la vaisselle
Je me couche terminé

Tu vas me raconter
Pire encore des bêtises
Tes lunettes sur ton nez
Te semblent une expertise
La brume est un écueil
Pour celui don de l’œil
Se regarde assez tôt
La sardine et le deuil
Le vol d’un écureuil
Comment trouver les mots
Je sors de mon cercueil
Et je vais sur le seuil
Accueillir un marmot
Il me balance un œil
Que je prend en plein œil
Il ressemble à Margot
Je le vois que d’un œil
Quand il franchit le seuil
Il est un matelot
Tu vas me raconter
Quand j’ai les deux mains prises
Un cours accéléré
Tes lunettes sont comprises
Tu vas me raconter
Ce que j’ai peine à suivre
Tes lunettes sont posées
En le cœur de mon livre
Je m’en vais boire de l’eau
Avec de ton sirop
Et peut-être un gâteau
Tu t’endors sur ton livre
Je vais jouer dans l’eau
Et faire mon numéro
Je serai un bateau
T’auras du mal à suivre
Je tiendrai un drapeau
Je serai caporot
Je sortirai de l’eau
Tu me verras survivre
Tu vas me raconter
Et là je pourrai suivre
Tes lunettes oubliées
Une histoire pour mon livre
Il a toujours un œil
Là où court le chevreuil
Autant pour le frigo
On dirait un pruneau
Quand elle tire son mégot
Et elle me met capot
Et je ne peux pas suivre
Il ne dort que d’un œil
S’envole avec les feuilles
Et revient pour tantôt
On dirait que ses mots
Sortent de son plumeau
Elle boit son apéro
Continue de poursuivre
Tu vas me raconter
Que t’étais obligé
De bouffer mes cerises
Tu vas me raconter
Que t’as jamais pété
En sortant de l’église

Je le sais parce que c’est lui
Il est dans les buissons
Il observe par ici
Et il écoute les sons
Il reviendra dans la nuit
Contournant la maison
Et il viendra par ici
Devant le paillasson
Il se penche il étudie
La chaleur du salon
Et puis notre absence aussi
Il fait bien attention
Je le sais puisque c’est lui
Et à son intention
J’ai écrit : Si tu me lis
Entre dans la maison

Par l’odeur de la terre
Et la fraîcheur du vent
Par l’onde nécessaire
Qui se meut vers l’étang
Par le sang de la guerre
Par la peur des enfants
Et la grande misère
Qui attend les parents
Par le blé qui prospère
Par la couleur des champs
Et la grande colère
Qui fracture les instants
Par le rire d’un grand-père
Et la joie des enfants
Par le chant de naguère
Qui sort du feu changeant

À cette époque, on essuyait une tempête. J’étais le Capitaine et, mes matelots, c’était pas des brillants cerveaux, à part peut-être le Second. Il se colle derrière moi, « Mon Capitaine, libre à vous de secouer ces glaviots! » Je lâche la barre; il s’en empare. On s’en est bien tirés et de la tempête et des idiots. L’autre fois, c’était tantôt, que je sors du tableau, sans raisons précises. « Je sais pas quand ça va; mais, je sais quand ça va pas et je regarde toujours l’heure des églises. » Ce sont les mots du Second, aujourd’hui Capitaine.

Comme l’enfant qui refuse de sourire
Comme l’oiseau qui voudra repartir
Comme le vent quand il nous fait courir
Comme le dos qui commence à souffrir
Comme la joie et la peur de s’enfuir
Comme le froid qui viendra nous saisir
Comme la proie quand elle est en délire
Comme la foi et le droit de partir
Comme le temps qui nous aide à construire
Comme le flot de larmes et de soupirs
Comme les gens quand ils s’entendent rire
Comme le beau qui sait tout conquérir
Comme le mot qui va disconvenir
Comme le veau qui demande à mourir
Comme le chaud d’un canapé en cuir
Comme le pot qui va nous réunir
Comme l’enfant qui viendra nous sourire
Comme l’oiseau qui voudra revenir
Comme le vent quand il tisse un empire
Comme le dos qui va encore servir
Comme l’instant qui viendra nous quérir