
Elle tire sur la ficelle pour soulever
De l’eau. Bien sûr, elle se rappelle comment
Porter le seau. Elle s’en fout plein les bottes,
Pourtant; le seau est trop grand …

To Pierre-Pierro, Correspondances
Un sourire, un poème!

Un nœud de sorcière sur le fronton de l’étable, avec un fer à cheval et deux médailles à vaches d’années consécutives. L’odeur de la paille en poussière, des toiles d’araignée, l’air non respiré. Un système électrique vétuste, un râteau et un balai, une pelle, un joug dans le râtelier. Quelque part dans un coin, une momie entourée de sa peau, probablement un rat. Au grenier, l’odeur est plus âcre, de la poussière et du foin, des pelotes d’oiseau nocturne, rien d’autre …

Le printemps s’est zébré
De différentes chimères
Des démons sont tombés
En été sur la terre
Une étrange destinée
Mêle le sang à la terre
Alors qu’en vérité
Sont là les chiens de guerre
L’automne a vu tomber
Le grand chemin de fer
Courent les chevaux glacés
D’un trop fringant hiver
Une étrange vérité
S’est répandue sur terre
Les vents vont apporter
La colère des enfers

Au printemps de l’univers,
Il y eut une bataille
Entre le bien et le mal.
La bataille se passait bien.
Les démons avaient du chien;
Les anges usaient des prières.
Personne voulait lâcher rien.
Alors, un mal pour un bien,
Ils remettaient le couvert.
Les deux camps ne valaient rien.
Mais, ça leur faisait du bien
De s’adonner à la guerre.
Au printemps de l’univers,
Il y eut une bataille
Entre le mal et le bien …

Il s’est installé dans la maison du bas, celle avec la cheminée, deux fauteuils devant, la grande table derrière. Il a posé ses affaires sur la table et il est sorti chercher du bois. Il a trouvé du café, deux bières au frigo. Il a lancé la cafetière et il est allé s’asseoir devant l’âtre, emportant les deux bières. Un moment, il a lu un journal qui traînait là. Il a repris ses affaires; il a éteint la lumière; puis, il est reparti; c’était plus de minuit.

— Est-ce que tu as une personne de confiance vers qui tu peux te tourner?
— Oui, mon oncle! Mais, je lui ai pas dit car il va aller cogner mon père et il est beaucoup plus petit.
— Il est comment, ton oncle?
— Il est gentil, tout doux. Il a pas fait beaucoup l’école. Il me ramène des cailloux, quand il rentre de vacances. Moi, je les montre au prof ; comme ça, il apprend.

« A la Passe d’Amane, tu verras l’étranger. Escorte-le jusqu’au village! » Aymeric a onze ans et il a l’esprit vif.
Jusqu’à leurs dix ans, les enfants restent avec les femmes ou ils vont à la rivière; on ne les fait pas travailler; mais, ils peuvent participer. Pour que règne le calme, deux vieux jouent de leur musique et regardent; souvent, les mamans fredonnent.
Aymeric a trouvé l’étranger. Un instant, il l’observe: ses longs cheveux, des yeux qui regardent, un teint lunaire. L’étranger prend ses affaires et rejoint l’enfant. Il est curieux de tout, car il ne connaît pas; il vient de là-bas. L’étranger porte à son cou un flûtiau. Aymeric n’en n’a jamais vu; mais, il sait que c’est pour la musique; il attend. Assis près du feu, l’étranger joue une plainte plaintive. Les deux vieux s’installent à son côté. L’étranger est debout; son pied frappe la cendre; le feu lance des reflets oranges.
A leurs dix ans, ils commencent à suivre la traque et comprendre la pluie; ils aideront un peu plus, aussi.
A la Passe d’Amane, Aymeric salue l’étranger. Il porte à son cou le flûtiau donné; un jour, il prendra la passe, pour visiter l’étranger …