Il s’est installé dans la maison du bas, celle avec la cheminée, deux fauteuils devant, la grande table derrière. Il a posé ses affaires sur la table et il est sorti chercher du bois. Il a trouvé du café, deux bières au frigo. Il a lancé la cafetière et il est allé s’asseoir devant l’âtre, emportant les deux bières. Un moment, il a lu un journal qui traînait là. Il a repris ses affaires; il a éteint la lumière; puis, il est reparti; c’était plus de minuit.
J’allais quelquefois là-bas, pêcher dans l’étang. J’y allais assez tôt, afin d’y retrouver la brume.
Il aurait rencontré les châtelains et ils ont bien sympathisé. Ils ont beaucoup parlé du parc. Il avait un travail, puis aussi Une aimée ; un peu, il peignait. Ils l’ont logé au pavillon bleu, Contre sa présence et un peu d’entretien. Le parc, c’est ce Qui l’intéressait ; il y Passait son Temps. Il a peint un étang, Sous une brume légère. Il a dit que, vraiment, On pouvait le Faire. Il a dit qu’il peut le faire; eux, ils ont allongé les francs.
L’étang est favorable, Autant qu’il est secret. Une faune considérable Profite de ses attraits.
L’étang est agréable, A voir sous ses reflets. La brume se fait variable, Sous le soleil discret.
Lui, il est parti. Eux, quand ils ont vieilli, ils sont Revenus habiter là, devant l’étang brumeux …
Un abri? Il fuit ; il quitte l’orée pour un vieux village. Du bois devant L’entrée, un puits, quelques navets dans un jardin, trois canards … Au petit matin, un chien viendra quémander. Il y restera trois jours.
— Est-ce que tu as une personne de confiance vers qui tu peux te tourner? — Oui, mon oncle! Mais, je lui ai pas dit car il va aller cogner mon père et il est beaucoup plus petit. — Il est comment, ton oncle? — Il est gentil, tout doux. Il a pas fait beaucoup l’école. Il me ramène des cailloux, quand il rentre de vacances. Moi, je les montre au prof ; comme ça, il apprend.
« A la Passe d’Amane, tu verras l’étranger. Escorte-le jusqu’au village! » Aymeric a onze ans et il a l’esprit vif.
Jusqu’à leurs dix ans, les enfants restent avec les femmes ou ils vont à la rivière; on ne les fait pas travailler; mais, ils peuvent participer. Pour que règne le calme, deux vieux jouent de leur musique et regardent; souvent, les mamans fredonnent.
Aymeric a trouvé l’étranger. Un instant, il l’observe: ses longs cheveux, des yeux qui regardent, un teint lunaire. L’étranger prend ses affaires et rejoint l’enfant. Il est curieux de tout, car il ne connaît pas; il vient de là-bas. L’étranger porte à son cou un flûtiau. Aymeric n’en n’a jamais vu; mais, il sait que c’est pour la musique; il attend. Assis près du feu, l’étranger joue une plainte plaintive. Les deux vieux s’installent à son côté. L’étranger est debout; son pied frappe la cendre; le feu lance des reflets oranges.
A leurs dix ans, ils commencent à suivre la traque et comprendre la pluie; ils aideront un peu plus, aussi.
A la Passe d’Amane, Aymeric salue l’étranger. Il porte à son cou le flûtiau donné; un jour, il prendra la passe, pour visiter l’étranger …
Deux enfants étaient là; je les ai entendu crier. Ces enfants que nul Ne réclame, je les veux; c’est combien? Tu veilleras à ce qu’ils aient Un bain, des habits, à manger chaud à la cuisine et tu leur donneras La chambre du fond; tu leur donneras la Clef. Demain, ils ont école!
Un vent hargneux se cogne aux arbres La brume s’étire en longs doigts continus Il n’est pas seul; un petit se serre contre lui Le chemin est long; la lune éclaire un peu Le grand boite bas et le petit est fatigué Ils ont les petits pas des oiseaux blessés Il fait froid; la neige écrasera le silence