Il m’a dit: « J’ai une question. » Je me suis assis à côté du môme et j’ai regardé la rivière. Il réchauffait le café, écartant la fumée de ses yeux, comme si c’était une guêpe. « Il faut que tu saches quand tu es dans la réalité. Ici, c’est un bon endroit. Tu voulais savoir quoi? » Assez vite, il a répondu: « Je sais plus. » Il est revenu à son café et, moi, à ma rivière …
S’il a été violent? Ah, non. Il leur a pété les ratiches; ils ont juste Assez de dents pour sucer un poireau. Il est là, il t’attend; je l’ai Mis dans le frigo. Si j’ava été violent avec lui? Je crois pas, non.
Je me souviens, j’étais dans un moment sombre. La pluie picotait la terre. L’éclair revenait, toutes les quinze secondes, Pour me donner la lumière. Le tonnerre redondant rebattait les ondes; J’aimais sa musique sévère.
Les flammes tourbillonnent en un flux lent; leur reflux est à peine perceptible. Le vent est parcellaire; il peigne les herbes. La chaloupe inclinée protège leurs yeux du phare; ils dorment sur des couvertures. Les craquements du feu sont les seuls bruits sur la grève. Le vent grelet parle à mes sens; ils sont toujours là-bas. Le soleil est jaune; une corneille se pose sur la chaloupe, à l’affût de quelque miette. Le temps passe lentement; un chien s’évade, en longeant la crête …
« A la Passe d’Amane, tu verras l’étranger. Escorte-le jusqu’au village! » Aymeric a onze ans et il a l’esprit vif.
Jusqu’à leurs dix ans, les enfants restent avec les femmes ou ils vont à la rivière; on ne les fait pas travailler; mais, ils peuvent participer. Pour que règne le calme, deux vieux jouent de leur musique et regardent; souvent, les mamans fredonnent.
Aymeric a trouvé l’étranger. Un instant, il l’observe: ses longs cheveux, des yeux qui regardent, un teint lunaire. L’étranger prend ses affaires et rejoint l’enfant. Il est curieux de tout, car il ne connaît pas; il vient de là-bas. L’étranger porte à son cou un flûtiau. Aymeric n’en n’a jamais vu; mais, il sait que c’est pour la musique; il attend. Assis près du feu, l’étranger joue une plainte plaintive. Les deux vieux s’installent à son côté. L’étranger est debout; son pied frappe la cendre; le feu lance des reflets oranges.
A leurs dix ans, ils commencent à suivre la traque et comprendre la pluie; ils aideront un peu plus, aussi.
A la Passe d’Amane, Aymeric salue l’étranger. Il porte à son cou le flûtiau donné; un jour, il prendra la passe, pour visiter l’étranger …
Today, c’est le jour de la Sainte Extase, si, si. Une lumière qui m’invite traverse ma fenêtre. Une mouche s’est levée à l’aurore pour vaquer. Je suis dans mon linceul; tout ce qui est à naître Vient pour me convoquer; je n’ai plus qu’à dire oui.
Il a son cœur qui bat; il est profondément calme. Il a des amours dans la salle; il ne les regarde pas. L’instant est sidéral; il a pensé à ça et il s’est absenté. Il s’est accoudé au bar; il a commandé à boire, pour avoir des cacahuètes. Après, il est sorti dans la rue, respirer le frais. Il est revenu s’asseoir et il n’a plus bougé.
Deux enfants étaient là; je les ai entendu crier. Ces enfants que nul Ne réclame, je les veux; c’est combien? Tu veilleras à ce qu’ils aient Un bain, des habits, à manger chaud à la cuisine et tu leur donneras La chambre du fond; tu leur donneras la Clef. Demain, ils ont école!
Tu vois la pipistrelle, près de la fleur au miel Tu vois la lune d’eau, sur son reflet d’argent Tu vois l’ombre de l’oiseau traversant le ciel T’as froid; « Grand-père, encore un instant! »