
Je t’ai fait des reuchnettes, avec de la fouzêne et la sauce à la bière.
Et aussi, je peux te réchauffer de mes croquemolles sauce-molène.

To Pierre-Pierro, Correspondances
Un sourire, un poème!

Aujourd’hui, mon chemin
M’a mené vers la ville.
J’avais besoin de rien
Et je marchais tranquille.
Un gamin morvouilleux
Lorgne, dans une vitrine,
Un objet bien sucreux
Qui guérit les narines.
Le soleil l’aide un peu
Et efface, de sa mine,
Le montant, bien coûteux,
De sa folle aspirine.
Je rencontre un clampin
Qui dansait sur un fil.
Il décrit, de sa main,
Des sons doux et graciles.
En tapant sur du rien,
Un clodo, en exil,
Le suit et le soutient,
Dans sa danse immobile.
J’avais besoin de rien
Et je marchais tranquille.
Tout à coup, mon chemin
M’a mené vers la ville.
Là, au bord de la mare,
A mairie de la ville,
Un tout petit têtard
Approche un volatile.
C’est le doigt du têtard
Que pince le volatile.
Ce dernier, sans retard,
Se remet dans la file.
A pissoter, un chien
Irrite le côté pile
D’un vieux poète indien
Qui peint avec ses cils.
Pour le peintre, c’est pas bien.
On fait pas ça, en ville.
Et, dans la face du chien,
Il balance son ricil.
Je sais pas si, demain,
Tout sera si facile,
Car la magie de rien
N’est pas toujours en ville.

Le bruit de la ville s’affaire,
L’heure n’est plus aux murmures.
Encore un jour ordinaire
Qui fait trembler les murs.
Le bruit de la ville s’apaise,
On écoute la nature.
J’ai les paupières qui me pèsent,
Quand j’entends ta voiture…
Le bruit de la ville s’achève
Et l’air redevient pur.
Ce n’est encore qu’une trève,
Il reprendra, c’est sûr.

Aujourd’hui, c’est ton ombre
Qui se colle à tes doigts.
Elle éclaire les murs sombres
Et ouvre grand ses bras.
Elle dessine des horreurs,
Le lapin de la peur,
Le pigeon massacreur
Et puis un doigt d’honneur.
Elle te montre les dents
Du grand carnivorant.
Elle ne fait pas semblant,
Tu te caches sous un banc.