Hie, je t’ai parlé de la chenille verte. Aujourd’hui, je vais te parler de l’escargot qui a bon dos.
C’est un mangeur de salade avant tout. Ce n’est pas une limace qui mange n’importe quoi.
La première chose que l’on peut dire, c’est qu’il a de la chance d’avoir une maison qui grandit quand il grandit. Il n’a pas besoin d’en changer. Il y a aussi ses cornes avec un oeil au bout. Cela n’est pas ordinaire!
Pourquoi on dit que l’escargot a bon dos, je ne sais pas. Tout ce que je sais, c’est que, quand on marche dessus, sa maison s’écroule la première. Il se retrouve tout nu!
On comprendra aisément qu’il ne paie pas de taxe foncière. L’assurance-habitat lui coûte déjà bien assez cher!
— Il pleut dehors. On va devoir s’occuper. Si on faisait de la musique? — Je sais pas faire la musique, moi! — Bontempi!
— Je connais une blague. Je demande à un petit garçon s’il veut sortir dehors, quand il pleut. Il me répond : Non. Bon, tant pis! — Elle est nulle, ta blague! — Bon, tant pis!
Je te pose une question commençant par : Qu’est-ce que dit? Quand tu me donnes la bonne réponse, on tourne. C’est à ton tour de poser les questions, jusqu’à ce que je gagne. Attention, pas de questions du genre : Qu’est-ce que dit la fourchette? Qu’est-ce que dit l’ assiette? D’ac?
Est-ce que tu connais tes fables de multipli-faction? Pas encore, c’est pour quand je serai plus grand. Je ne t’ai parlé de tables, mais de fables de mutiplie-l’action. Elles ne s’apprennent pas. Il faut les imaginer.
Tu veux que je te raconte la Fable de Deux?
La Fable de Deux
Deux fois Un : Deux Je mangerai bien des oeufs!
Deux fois Deux : Quatre Des oeufs avec des pâtes!
Deux fois Trois : Six Et aussi des saucisses!
Deux fois Quatre : Huit Ah, non. J’aime pas ça, les huîtres!
Deux fois Cinq : Dix Oh làlà, toutes ces saucisses!
Deux fois Six : Douze Est-ce que c’est beaucoup d’oeufs, douze?
Deux fois Sept : Quatorze Je sais, c’est le dessert!
Deux fois Huit : Seize Je reste collé à ma chaise!
Deux fois Neuf : Dix-huit Ah, non, pas encore des huîtres!
Deux fois Dix : Vingt! C’est fini. Je n’ai plus faim!
— Alors, ça s’est arrangé, tes histoires de lutins? — Bin, non! Je dois tout ranger, sinon il me vole tout . — Qu’est-ce qu’en disent tes parents? — Ils disent que je n’ai qu’à ranger mes affaires!
Un mal pour un bien, on dirait!
— Bon, je vais réfléchir à un moyen de t’en débarrasser. Je ne sais même pas si on peut, d’ailleurs. Tu devrais continuer à bien ranger d’ici là. Cela risque d’être long!
— Même que! Même que quand on va faire dodo ailleurs, il vient aussi!
— C’est normal qu’il te suive partout. Des fois qu’il y aurait des jouets à découvrir! Un lutin, c’est comme un enfant. Il ne partage pas ses jouets. Mais il prend facilement ceux des autres. Un lutin, c’est un nain de poche. C’est magique et ça peut entrer partout, se cacher partout! Un lutin, ce n’est pas idiot. Il sait ce que sont une porte, une poignée, une clef. Là, il doit être dans la poche de ton père. Vous partez. Alors lui, il suit les clefs!
Si tu ne veux pas l’emmener, on peut s’en occuper. C’est facile. Tu attaches un de tes jouets au pied de ton lit, avec une corde bien serrée. Le lutin va regarder la corde, le jouet, le jouet, la corde. Il est impressionné. Il se dit que le jouet est sûrement plus important qu’il ne le pensait. Il va rester là, à le regarder. Il oubliera totalement votre départ.
— « Papa! On a de la corde? »
Avec Papa!
— « Dis, mon bonhomme, on va y aller. Va chercher tes affaires! »
— « J’peux pas, j’peux pas. Je ne peux pas parce-que c’est le lutin qui les a volées. » Il rit!
— « Pas avec moi, mon p’tit gars! De Un, je connais l’histoire. De deux, le lutin ne vole que les jouets. Tout le monde le sait. De trois, file chercher tes affaires. On s’en va! Va chercher tes affaires. Sois tranquille. Ton camion de pompiers, je l’ai déjà attaché. On peut y aller. »