Maman viendra lui border les yeux!


Stéban est un enfant d’albâtre, au teint pâle et mince, aux cheveux longs de moire tout noirs. Il a dans les treize ans et c’est un adulon, presque presque. Au fond du jardin, l’orage se remplit. Stéban est allongé sur le lit; il relit la même bd. Las, il se galope vers le soir, pour finir sa journée. Stéban s’ennuie. Il va compter les gouttes fines qui s’allongent sur la vitre. Il lorgne la camionnette; son père va tantôt rentrer. Sa mère est à voisine; elle aide de plier les draps. L’adulon ne va pas à l’école; il est consigné pour rhume. Tout à l’heure, il a bu un chocolat et grignoté deux biscuits. Stéban s’ennuie. Il attend le printemps. Pour l’aller arroser, dehors, son petit potager. Il rejoint sa mère au parloir de la cuisine; l’aide à peler ses poireaux et scratcher ses carottes, pendant qu’elle récure une bassine …

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Du temps de la Glaviotte !




Oh, la Glaviotte, elle est là, tout auprès de l’âtre.
Elle dit que tu viendras.

« Pure-entraille et ventre-livre, je vois ; je réverbe en toi, Mashamou, dieu complet. » Bon, ça marche pas ; il me faut un poulet.



La Glaviotte, elle t’a cerné les yeux, d’avant sous peu.

Tu n’es pas heureux
Tu as le teint pâle
Des larmes de cristal
Emperlent tes yeux



C’est pas honteux d’être laid; la Glaviotte, elle le sait.

T’as les fesses en gousses d’ail et ton foie est grêlon.
Conte-moi ton histoire. Qu’as-tu tenté ?
— Se lancer en quête, c’est faire le choix de ne pas rentrer indemne.
C’est dans le monde noir que tu es entré. Voyons dans la Cristalline !
C’est un gadget, de la glaviotte ; mais ça me fenêtre pour penser.




Je te mercie, Glaviotte, de m’avoir orienté.

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Au rebord du comptoir!


Il y avait une Molette et ses deux convictoires et, en plus, une Gluche qui a des idées noires, sous une perruque violette. Il y avait ce genre de mec à histoires qui ne fait que s’offenser quand tu lui réponds.
A côté de lui, un con. Il y avait, dessous, ce machin qu’on dirait un chien, couché sur la paillasse. J’étais là, moi aussi, au rebord du comptoir et j’en avais ras les yeux de l’alcool et de larmes.

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Il nous faut déclasser les dieux!



Le grand lion qui bâille pour deux,
Il est de la Classe Feu.
On accorde à ce long ver
Une place dans la Classe Terre.
On voit bien, du pédalo,
Que le poisson est classé Eau.

Le serpent nous gêne un peu,
Car il est un entre-deux.
L’oiseau qui nage à l’envers
Entre dans la Classe Air.
Et on revient au serpent
Qui est faux, long et bien changeant.

Pour caser tous les restants,
Il faut la machine du temps.
Mais, elle n’est pas inventée;
Il va falloir attender.
Quatre classes, c’est bien trop peu;
Il nous faut déclasser les dieux!

Ce serpent, sur le gazon,
Entre dans la Classe Poison
Et, quand ça vient de l’enfer,
Tu mets dans la Classe Chimère.
Si on veut zoomer un peu,
Ils sont déjà bien plus de deux.

Et, si on peut zoomer mieux,
On voit bien des genres curieux.
Mais, ça nous regarde pas;
Allons nous mettre à l’endroit.
Je crois pas c’est rigolo
De faire durer ce truc idiot!

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C’est l’hiver qui se passe!


Tout d’abord le marché, trois endives, deux poireaux, des patates.
La lumière est sur le trottoir; le soleil est beau. Le pain qui va bien.
Arrêt au bistro, petit noir-deux doigts d’eau, trois feuillets du journal.
Retour sur le trottoir, le soleil reste beau; le vent froid est transitoire.
La voisine est ravie, son enfant vient bientôt; elle a moins mal au dos. Puis se faire à manger, le chat qui veut rentrer. La fenêtre à guetter, c’est l’hiver qui se passe. Il n’y aura que moi, ce soir …

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Les mots de Barnabé!


Le radio n’a pas tort;
On est encerclés.
On attend les renforts
Qui viennent pour clamser.

Y’en a un qui s’endort;
Il est fatigué.
Il fait plus un effort;
Lui, c’est Barnabé.

Y’en a un qui est fort;
Il fait que jurer.
Tiens, le noir n’est pas mort;
On le fait durer.

Ah, voilà le raccord;
Ils ont consommé.
Et, comme il pleut dehors,
Ils prennent un café.

On retourne dehors,
Pour tout canarder.
On voit pas le trésor
Qui est à nos pieds.

A défaut de trésor,
On trouve Barnabé.
Il a des mots très forts,
Avant de crever …

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La longue vie de Nobody!


Une épaule à souffrir et la mort du dentier.
Une absence de sourire, puis il s’est enfermé,
Nobody.

La machine à écrire et le papier froissé.
Une odeur de soupirs, le carillon cassé.
Nobody?

Une vieille poële à frire et l’enfer de l’évier.
Une rampe à tenir, puis l’étroit escalier.
Nobody!

La malle à souvenirs et la lumière tachée.
Une grimace de rire, le temps s’est écoulé.
Nobody …

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D’abord lui, le premier!



L’amiral Toussoté
Buvait à la Galade;
D’abord lui, le premier.

L’amiral Toussoté
A bloqué la cabrade
D’un gros requin-dentier.

L’amiral Toussoté
A jeté la tornade
Sur les Calarmités.

L’amiral Toussoté
Buvait à la Galade;
D’abord lui, le premier.

L’amiral Toussoté
Dit à la cantonnade:
La mer sert à pisser.

L’amiral Toussoté,
Ce fier Narin de rade,
Sur de l’eau a glissé.

L’amiral Toussoté
Buvait à la Galade;
D’abord lui, le premier.

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La geste d’Enguéran!



Enguéran d’Imbault, puisqu’il s’agit de lui, était né d’Imbault, un soir d’après-midi. Enguéran, ça veut dire Lame de corbeau et Imbault, je sais pas trop.

Il se tenait dans l’ombre;
L’ Autre avait de belles dents
Et il cherchait la tombe
Au vieux père d’Enguéran.

L’ Autre était en surnombre
Et son père est blessant.
Devant son père qui tombe,
Enguéran mord ses dents.

Il se tenait dans l’ombre
Et c’était un enfant.
Et, quand son père succombe,
Il se hurle en dedans!

Enguéran le mauvais-sang, la lame regarda vers la nuit et ses mots dirent : Il est ici.
Il ne connaissait de l’Autre que son oeil ; c’était bien un Autre, mais ce n’était pas lui.




Chapitre 1 : Au revers des étoiles!


L’oeil était dans la combe et regardait Enguéran.

Enguéran n’avait pas trop compté les chopes. Il venait de perdre aux dés; il chantait :

Aujourd’hui, j’ai plumé
Le cou de la galcine
Et crevé les poulets
Qui lui tirent la tétine
.

Il était arrivé la veille au village des croquants et il cherchait un guide, pour traquer à la Passe des Géants. Tu vois le sent-mauvais, là-bas, qui a dans les seize ans? Son esprit est troublé; mais il connaît bien le col.

— Je veux ses deux griffes.
— Je connais sa caverne.
— Tu t’appelles comment?
— Je m’appelle Aymeric.

Le col était encore loin. Aymeric avait fait le feu, donné l’avoine et rassemblé le bois. Il plongea le lapin dans le bouillon et rajouta une main de gousses de fouzêne pour agglutiner.
Il essuya ses doigts, chantonna une galbée, se posant pour dormer.
Le ciel était grégeois et les montagnes calvicines; on n’entendait presque plus rien …


Il est de quoi cet Autre,
Ce qui vous amène là?
Et que t’a fait cet Autre
Que tu pardonnes pas?

Je suis pas une mollette;
J’ai attrapé mon pieu.
J’ai toujours, dans ma tête,
Le regard de ses yeux.

Je connais pas ton Autre;
C’est un démon de quoi?
Le géant, c’est le nôtre
Et, moi, je ne l’aime pas.

Quand Enguéran sortit du silence, lui demander : Où se cache ton géant?, l’enfant était dormant. Enguéran, un frêle instant, veilla.
Il s’amusa de la galbée d’Aymeric, excusant ses seize ans :

C’est des sons frénétiques,
Un concert de mamelles.
La chanson d’Aymeric
A encharmé les belles.



La colère d’Enguéran, chapitre 2!


Il fait claquer ses griffes
Devant l’oeil de son père.
Avec quelle je te griffe,
Pour te faire funéraire?

A trop parler de l’Autre, il s’en vient dans les bois.
Et l’enfer est tout autre quand tu entends son pas.

Enguéran, le mirant
De son oeil indocile,
Souriait de ses dents,
Ne bougeait pas un cil.

Montre-moi, si c’est toi,
Si tes yeux sont les siens.
Apparais devant moi,
Que je vois l’assassin!

Cette griffe est tienne; elle est ton héritage.
Aymeric, dés demain, je repars en voyage, 
.




Chapitre 3 : En suivant l’Eurasine!


Il a rampé dans l’ombre,
Sur son genou saignant.
Il a creusé la tombe
De son père si aimant.

Avec quelle je te griffe pour te funéraire, devant ton enfant caché ?


La nuit avait été tranquille et nul ne les poursuivait. Enguéran regardait sa lame, pourtant bien aiguisée. Le grand soleil-enclume se paraît de drapées. Il n’y avait pas de brume dans le vent poursuivé. Le cheval d’Aymeric piaffait, sous le corbier.


Assis près de la tombe,
Enguéran se taisait.
Sur le rocher-rotonde,
Aymeric se hissait.

L’Eurasine était boite
Et elle se clochetait
Sur le sentier étroite,
Quand le vent rugissait.

Il a tendu un rhombe,
Au bout d’un cordelet.
Dedans la lumère blonde,
Son corps était grelet.

L’Eurasine était cloite
Et sa voix se taisait.
Dans la lumière étroite,
Son ombre s’étiolait.

Elle grava, dans le sable, un oeil qui s’approchait.


Ils suivirent l’Eurasine,
Le village était là;
Entrèrent à l’officine
De la vieille Kounéma.

Il faut quitter la ville,
Passer le pont de bois,
Remonter la Nambile
Et chercher le méplat.


Un gredin, en gambille, lançait des bouts de nez. Une fille dansait nombril devant quarantenais; pétrifié comme une quille, Aymeric rougissait. Dans un coin, immobile, Enguéran se tenait. Un grand chien tranquille vint pour le compagner. Enguéran pense en vrille, devant la joie chantée; il revoit Nile, sa petite soeur, en dansée.


Il portait une jabyle
Et une ceinture en croix.
Son capuchon de bryl
Le rendait plus matois.

Il faut quitter la ville
Et reprendre la voie.
Je t’ai pris une jabyle;
Enguéran, lève-toi.

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